Art

Une conférence pour réparer le système artistique italien

Présenté au Palais Bonaparte à Rome, avec la participation du Ministre Franceschini, le rapport “Combien est (re)connu l’art italien à l’étranger”


C’est juste que nous ne faisons pas de système“. C’est une phrase éculée, qui perd son sens à force de se répéter et d’entendre se répéter et qui a presque le goût d’une liquidation précipitée d’un problème qu’on ne veut pas analyser.

Par contre, nous les Italiens sommes querelleurs, nous vivons une fragmentation culturelle qui nous amène souvent à réaliser quelque chose de médiocre dans notre cour, pour ne pas le donner au voisin en s’unissant.

La semaine dernière, le rapport “Combien l’art italien est-il (re) connu à l’étranger” a été présenté au Palazzo Bonaparte à Rome, avec la participation du ministre Franceschini, édité par Silvia Anna Barrilà, Franco Broccardi, Maria Adelaide Marchesoni , Marilena Pirrelli et Irene Sanesi, édité par l’atelier des professionnels de l’art et de la culture BBS-Lombard avec le soutien d’ARTE Generali.

Malheureusement, ce qui ressort est précisément ce mantra : on ne fait pas un système. Essayons donc de comprendre ce que cela veut dire, pour ne pas déplacer encore une fois le problème ailleurs, lever la main et le reporter.

L’étude se concentre sur les artistes nés après 1960, analysant la présence de leurs œuvres dans les principaux lieux institutionnels et commerciaux du contemporain international au cours des 10 à 20 dernières années.

Le rapport est divisé en deux parties : la première contient une série d’entretiens avec 24 conservateurs et directeurs de musées sur le potentiel du système artistique italien ; le second est consacré à l’analyse des données et à la cartographie de la présence de l’art italien à l’étranger.

Puisque nous sommes un journal, commençons par notre catégorie: 16 000 publications en 25 langues ont été analysées et il est apparu que l’art italien dans sa totalité a une couverture de 7%, mais si nous analysons les données des artistes nés après le ‘ 60 on descend à 1,8% drastique, je compte 27% d’Américains, 12% de Chinois, 10% de Britanniques etc.

Venons-en aux ventes aux enchères : alors que les ventes italiennes de Christie’s et Sotheby’s au cours des 20 dernières années ont renforcé le marché international de nos artistes d’une période définie, il suffit de penser aux disques de Fontana, Manzoni, Burri, Boetti et compagnie de chant, en les 20 dernières années les artistes nés après 1960 étaient proposés en tout 10 et quiconque ayant un minimum de familiarité avec ce monde ne sera pas surpris de lire la liste : Maurizio Cattelan, Francesco Vezzoli, Monica Bonvicini, Enrico David, Paola Pivi, Tatiana Trouvé, Roberto Cuoghi, Rosa Barba, Vanessa Beecroft et Diego Perrone.

Et encore : sur 831 galeries d’art contemporain analysées, seulement 16,2 % du total représente un artiste italien né après 1960 ; on fait encore pire dans les grands rendez-vous internationaux, avec une présence qui oscille entre 2% et 7% à la Documenta et même une moyenne de 5% à la Biennale de Venise, qui si on ne l’avait pas remarqué c’est en Italie.

Cette année, compte tenu du commissariat de l’Italienne Cecilia Alemani, nous arrivons plutôt à un excellent 12,5 %, un chiffre qui ne devrait pas trop nous réconforter et qui fait office de test décisif pour tous les aspects analysés : nos artistes ne s’intéressent qu’à ceux qui notre pays le connaît très bien et cela nous connote immédiatement comme une destination exotique pour l’art.

En ce sens, l’Italie est le safari du monde de l’art, un lieu marginal qui ne contamine rien, si vous allez au-delà de Chiasso. Les mêmes galeries qui s’occupent de nos artistes sont presque toujours celles d’Italiens qui ont ouvert à l’étranger.

Les seuls artistes qui ont eu une reconnaissance internationale sont ceux qui vivent ou ont vécu à l’étranger : Cattelan a passé plus de temps de sa vie à New York qu’à Milan, Vezzoli est un citoyen du monde, Beecroft est à Los Angeles, Rosa Barba est plus allemand que l’italien et ainsi de suite.

Or, cela ne peut être qu’une question de vocation. Bien sûr, nous sommes un peuple mammon, nous avons du mal à déménager de chez nous. Comment nous culpabiliser ? Mais on ne peut reprocher à l’initiative des artistes l’absence d’un réseau international, car personne ne leur offre les outils pour faire voler leur nom dans le monde.

Ces dernières années, des initiatives louables telles que le Conseil italien sont arrivées et il faut dire que les Instituts culturels italiens à l’étranger font un excellent travail, mais maintenant nous avons besoin de réformes structurelles. Et nous ne parlons pas seulement de fiscalité, même s’il est important de souligner l’écart avec les autres pays : après le Brexit, un fossé s’est ouvert qui fait perdre du terrain à Londres et beaucoup en ont profité.

La France a relevé les taux d’importation à 5,5 %, les nôtres sont presque le double, ou a changé la législation sur la compensation des crédits, évitant que les galeries aient à verser des liquidités.

Nous l’avons dit, à part les autorités fiscales, chaque pays a des instituts spéciaux qui s’occupent de la promotion de l’art à l’étranger. Pour donner un exemple, si un commissaire italien veut faire une exposition d’un artiste néerlandais ou espagnol, il sait parfaitement à qui il peut demander des contributions, vice versa non.

Il serait essentiel de notre part que les musées internationaux aillent au-delà de Penone. Ne vous méprenez pas, nous aimons Penone, mais il serait essentiel qu’il y ait des fonds pour pouvoir réaliser des expositions de jeunes artistes à travers le monde. Et il est tout aussi important de pouvoir faire venir des commissaires internationaux en Italie, pas seulement lors des excellents apéritifs et déjeuners de la semaine Vernissage de la Biennale de Venise.

Sans parler de la question du genre, car à l’international, seules des personnalités du calibre de Dadamaino, Marisa Merz et très peu d’autres ont été reconnues, après un parcours très fatigant, mais aux États-Unis, les femmes ne sont que 12% des artistes italiens présents sur le scène.

Ici, certes le PNRR n’est pas une solution miracle et ne pourra pas résoudre nos problèmes, mais il est indispensable qu’il soit le premier anticoagulant d’un système peu fluide. Ce n’est pas très transparent.

Le rapport « Combien l’art italien est-il (re)connu à l’étranger ? » est un premier pas important pour photographier la situation et nous espérons qu’il ne restera pas lettre morte. Elle sera couronnée de succès si les opérateurs publics et privés l’utilisent par effet domino pour activer le “système” toujours évoqué et souvent trahi.

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