Cinema

Tornatore de l’affection pour Morricone à l’horreur de la guerre en Ukraine : “Il est impossible aujourd’hui de le raconter au cinéma”

BARI – Fresco di Nastro d’Argento pour son documentaire de l’année “Ennio“, dédié à maître Morricone, Giuseppe Tornatore il livre une masterclass pleine d’anecdotes sur l’amitié et la très longue collaboration avec le compositeur décédé il y a deux ans à Bif & st, qui lui confère le prix de mise en scène du nom de Mario Monicelli.

Giuseppe Tornatore au cinéma avec ‘Ennio’ : “Une chanson pour Morricone, maître de la joie”

par Arianna Finos



Mais le réalisateur ne craint pas ceux qui lui demandent son ressenti sur les images que restitue la guerre en Ukraine. “Ce n’est pas facile de répondre, comme tout le monde je vois ce qui se passe tous les jours à une distance relativement éloignée de nous. Les sentiments que je ressens sont nombreux. Le premier n’est pas celui du réalisateur qui se place par rapport aux images, mais en tant que citoyen. Et je pense que des siècles de progrès, de philosophie, de savoir et de travail n’y ont rien fait. Mais si je dois me forcer à dire quelque chose sur les images, je pense que ce sont des images trop fortes pour être reproductibles, pour être simulées. Ce serait un défi de trop pour n’importe quel réalisateur. Peut-être un jour. quand tout sera fini et qu’on espère que tout se terminera le plus vite possible, peut-être qu’un jour un réalisateur abordera ce thème énigmatique. Parce qu’aujourd’hui, par rapport aux guerres de le passé, on a des images en direct et on en a beaucoup”.

La projection du film a été accueillie avec émotion par le théâtre Petruzzelli bondé de Bari “la réception du film a dépassé les attentes – a déclaré Tornatore à propos – la veille, personne ne s’attendait à ce que Ennio a eu tellement de succès, on ne s’y attendait pas et cela le rend encore plus beau”.

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Il revient sur la première fois où il a proposé un documentaire sur lui à Ennio Morricone : “La condition était d’accepter de se raconter comme cela s’est déjà passé dans nos moments de vie privée, dans une amitié qui durait depuis plus de trente ans. il n’a jamais eu à ressentir cette angoisse que lui mettait le journaliste de télévision, à qui il devait donner des réponses courtes, toujours rigide, parfois inamical, nous n’avions pas de limites, il pouvait parler autant qu’il voulait, ce n’était pas une question de donner une interview mais de faire un acte de générosité envers les autres. A la fin de l’entretien de 44 heures il m’a dit ‘je n’ai jamais fait de psychanalyse de ma vie, tu l’as fait pour moi maintenant’ ! ».

‘Ennio’, le doc de Tornatore sur Morricone – La bande-annonce


Sur son travail avec le compositeur, il a commencé par Nouveau Cinéma Paradiso et poursuivi jusqu’au dernier long métrage réalisé par Tornatore, La Correspondance, le réalisateur se souvient : “Notre collaboration, dès le début, était basée sur une procédure peu habituelle au cinéma. Je lui ai fait lire le scénario avant de commencer le tournage, ou dans certains cas lui racontant l’histoire avant même de l’écrire, et ensemble nous avons identifié les différents thèmes qui seraient nécessaires. Nouveau Cinéma Paradisopar exemple, je lui ai dit ‘ici il faut un thème lié au cinéma, ici un thème d’amour, ici un thème d’enfance qui devient ensuite un thème de maturité et ainsi de suite. À ce moment-là, il composait 4 ou 5 morceaux de musique pour chaque thème et me les faisait écouter. Il faut dire qu’ils étaient toujours beaux et qu’en choisir un en particulier était un problème, d’autant plus qu’il a ensuite saccagé tous les autres. Choisissant les musiques, il est allé les enregistrer dans la salle avec l’orchestre et je les ai montées sur les scènes du film. À ce moment-là, nous examinions ensemble le montage et vérifiions quelle musique devait être raccourcie ou allongée, et il retournait dans la salle pour les enregistrer. On a toujours fait ça et les producteurs n’en étaient pas contents !”.

Après sa mort, comment Tornatore pense-t-il remplacer cette collaboration si importante pour son cinéma ? “Ce ne sera pas facile mais il s’agira d’en créer une nouvelle, d’établir une nouvelle relation. Ennio ne se serait pas trop inquiété, il savait bien que le cinéma doit continuer, comme la vie et la musique. Bien sûr qu’il n’aurait pas aimé ça si j’avais demandé à un musicien “fais-moi une musique à la Morricone”, de même qu’il ne tolérerait pas que des réalisateurs lui demandent une musique “comme…”. C’est ce que je ne ferai jamais. Il y aura discontinuité dans la continuité mais avec une nouvelle prise de conscience de ma part, car il m’a beaucoup appris sur la musique et aujourd’hui je me sens équipé. Et il m’a aussi appris plein d’autres choses qui n’ont pas forcément à voir avec la musique : par exemple, depuis quelques temps, quand je vais à un producteur, je ne me présente plus avec une seule idée mais avec trois ou quatre et puis on choisit ensemble avec lui, comme on l’a fait !”.

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