Cinema

100% cinéma, les critiques des films sortis le jeudi 7 avril

ENTRE DEUX MONDES

Réalisé par : Emanuele Carrere

Avec : Juliette Binoche, Hélène Lambert, Léa Carne, Emily Madeleine

Longueur : 106′

Marianne (Juliette Binoche) a récemment déménagé à Ouistreham, du côté français de la Manche. Il cherche un emploi, propose de faire le ménage au SMIC et finit par accepter des conditions de travail inhumaines sur les ferries au départ : réveil à l’aube, quarts de travail éreintants, 230 lits à faire en 90 minutes. Avec ses autres compagnes en difficulté financière, comme Christèle, mère célibataire de trois enfants, et la toute jeune Marilou.

Marianne, cependant, a besoin de ce travail pour d’autres raisons car, en réalité, elle appartient à un autre monde qui veut comprendre de l’intérieur et sur le terrain ce qu’est réellement le précariat. Avec ces compagnons, elle ne partage qu’un bout de route mais leur destin ne peut jamais être le même.

L’écrivain Emmanuel Carrère repasse derrière la caméra en se laissant inspirer par le roman d’investigation de la journaliste Florence Aubenas. “Entre deux mondes” est un autre exemple de comment, à l’heure actuelle, le cinéma français est peut-être le seul capable de raconter aujourd’hui et, en particulier, les contradictions économiques qui alimentent la fracture sociale.

Que le point de vue soit celui de l’employeur (comme dans le dernier film de Stéphane Brizè, « Un autre monde ») ou celui de la mère célibataire qui se bat chaque jour pour ne pas perdre son emploi (comme dans « Plein temps – Al cent pour cent »), la séparation de la société semble désormais incurable.

Dans le film de Carrère, cet écart se colore de nuances solidaires au nom d’une humanité qui ne demande rien en retour et qui se contenterait ne serait-ce que de cette “part des anges” (la partie du whisky qui s’évapore des fûts, mais aussi une flûte de champagne inattendue) décrite par Ken Loach.

Il reste cependant un fossé fondamental, infranchissable, entre l’univers de Marianne et celui de ses amis, qui offre à la réalisatrice l’occasion de réfléchir à une autre contradiction, à savoir celle d’un processus de création (l’écriture d’un livre mais aussi la réalisation d’un film) qui, pour être authentique, prétend être mis au même niveau que son objet d’analyse, mais a des effets collatéraux en termes de doutes moraux et de mensonges de classe.

Comme les ferries du film, il y a ceux qui les utilisent comme moyen de transport et ceux qui, comme moyen de subsistance, sans que l’un et l’autre s’en rendent compte (emblématique est la séquence des nettoyeurs qui doivent rester invisibles aux passagers et disparaître devant leur embarquement). Deux mondes, en fait, qui se touchent parfois mais restent distants. (mc)

Note : 7

***

Allez allez

Réalisateur : Mike Mills

Avec : Joaquin Phoenix, Gaby Hoffmann ; Woody Norman, Molly Webster

Longueur : 108′

C ‘Mom C’ Mon de Mike Mills

Johnny (Joaquin Phoenix) parcourt les États-Unis avec son magnétophone pour interviewer des enfants et des adolescents américains, leur demandant d’imaginer l’avenir. Bien que plongé, pour le travail, dans la dimension de la préadolescence, Johnny n’a aucune pratique de ce petit monde qu’il n’imagine pas si complexe.

L’occasion de vraiment le connaître et de passer du temps avec lui vient de sa sœur Viv (Gaby Hoffmann) qui, occupée à s’occuper de son mari émotionnellement instable, demande à Johnny de s’occuper de Jesse (Woody Norman), le garçon de 8 ans fils, perspicace et intelligent mais aussi agité et problématique.

Oncle et neveu se lancent ainsi dans un voyage (également physique à travers trois lieux emblématiques de l’Amérique que sont Los Angeles, New York et la Nouvelle-Orléans) de compréhension mutuelle, entre peurs et incompréhensions, moments de bonheur et pousses de prise de conscience qui changent leur vie.

“C’mon C’mon” de Mike Mills se débat entre la douceur d’un parcours sur la parentalité et la dignité d’un regard d’enfant (avec le chœur des voix authentiques d’autres préadolescents américains) et une approche programmatique, voire auctoriale (surtout dans l’usage d’un noir et blanc du cinéma indépendant et dans des citations littéraires), qui, parfois, se transforme en une séance psychanalytique épuisante, toujours en quête de dialogue, d’extériorisation des sentiments, presque hostile au silence et à la réflexion.

C’est la limite d’un film qui, à l’image de l’outil de travail de Johnny, semble avoir le micro braqué sur le spectateur, ne générant que par moments une véritable empathie. Mais c’est aussi le moyen, peut-être le seul efficace, de restaurer la fatigue d’être parent, le besoin d’être toujours « à l’écoute » (le déchaînement de la mère de Jesse est, à certains égards, inédit et, pour cette raison, aussi si vrai) des besoins d’un individu qui s’interroge, veut savoir, demande de l’autonomie mais aussi de la protection.

Un poids lourd sur les épaules que Johnny ressent (littéralement) depuis quelques jours et que chaque mère connaît, aime et déteste, souvent sans pouvoir le dire. (mc)

Note : 6,5

***

“Un autre monde”

Réalisateur : Stephan Brize

Avec : Vincent Lindon, Sandrine Kiberlain

Longueur : 96′

Copyright: JEAN-CLAUDE LOTHER

“Un autre monde” n’est pas un film spectaculaire ou de grandes vedettes, mais un film français sur le monde du travail, avec un grand interprète comme Vincent Lindon et un réalisateur comme Stéphan Brizé qui nous a habitués à des analyses impitoyables sur le monde de l’art contemporain. travail. Mais contrairement aux précédents « La loi du marché » et « En guerre », « Un autre monde » ne braque pas le regard sur la classe ouvrière ou les marginalisés, mais braque la caméra sur des cadres et des cadres, sujets au même malaise de fond qui le salarié souffre. Comme pour dire que même les managers souffrent, ce n’est pas seulement un problème de lutte des classes, mais de tout le système. “Le capitalisme tue tout, pas seulement le monde du travail, mais les relations familiales et humaines qui appartiennent aussi à la classe bourgeoise”, a déclaré Brizé. Il en est de même pour Philippe Lemesle (Lindon), arrivé au terme de sa relation conjugale avec sa femme Sandrine Kiberlain, un amour abîmé par la pression du travail. Cadre à succès dans un groupe industriel, Philippe ne sait plus comment répondre aux injonctions incohérentes de sa hiérarchie, qui veut qu’il soit de plus en plus performant et de moins en moins leader. Et face à la nouvelle négociation, à la énième réduction d’effectifs, Philippe entre en crise. Le film continue certes le discours précédent même s’il ne peut pas être considéré comme l’achèvement d’une trilogie, car il y a discontinuité avec les précédents.

“Ici, il y a une sphère privée plus large, un drame intérieur plutôt que social, auquel Philippe réagit par un choix courageux”, a déclaré le réalisateur. Brizé utilise trois caméras en même temps, pour donner au spectateur un plus grand sentiment de désorientation vers Phiippe. Le cadrer de trois points de vue successifs, c’est encercler le protagoniste, à défaut d’un regard univoque, le sien, mais aussi celui des autres à son égard, insaisissable par ses collaborateurs comme par la direction. Brizé ne fait pas de propagande, il ne recourt pas au cinéma militant le plus explicite, mais érige une histoire personnelle en drame social. Ce n’est pas du cinéma militant au sens strict, mais sans doute engagé (mi.go.).

Note : 7,5

***

“La fille noire”

Réalisatrice : Maggie Gyllenhaal

Acteurs : Olivia Colman, Dakota Johnson, Peter Sarsgaard,

Longueur : 121′

© 2021 Netflix, Inc.

Leda Caruso, une professeure d’université américaine d’âge moyen, arrive sur une île grecque pour des vacances solitaires. Mais le contact avec une famille nombreuse et bon marché déclenche en elle un mécanisme d’émergence de sa propre maternité. C’est, en bref, l’histoire de “La fille noire”, basée sur le roman du même nom d’Elena Ferrante, le premier ouvrage de Maggie Gyllenhaal, sœur de Jake et célèbre actrice elle-même.

Pour la réalisatrice, le livre a été un véritable coup de foudre, faisant émerger une part cachée de son expérience de mère et de femme, jusque-là niée et que Gyllenhaal se retrouve à partager, choisissant deux niveaux narratifs parallèles, celui de Léda adulte, plein de caprices et d’une certaine folie, impeccablement interprété par Olivia Colman, et celui de la jeune maman (Jessie Buckley) qui laisse filles et maris pour une collègue. La comparaison continue avec le personnage de Dakota Johnson, la mère de la plage, est pour Leda une réflexion continue dans une vie passée, faite d’évasions et de retours, d’affections niées et réitérées, au point de lui faire même faire quelques folies. . Léda apparaît ainsi comme un personnage déchiré, qui à l’époque s’est choisi égoïstement, avec beaucoup de remords : des situations partagées par celles qui se partagent entre les filles et le travail, à l’écran et dans la vie de tous les jours. Face à ces enjeux, le risque pour un nouveau venu est de faire un film à thèse, pour un public féminin et “la fille noire” prête effectivement son flanc à une certaine naïveté, avec un excès de très gros plans qui mettent en avant la désorientation de la femme. , et un peu trop de circularités narratives (mi.go.)

Note : 6

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