Cinema

Une mère, une fille les rockeuses du Tchad – Cinéma

Les mains d’une femme aux prises avec un énorme pneu de camion usagé. Avec un couteau aiguisé, ils essaient d’extraire le noyau d’acier, bien enfoui dans le caoutchouc, pour ensuite fabriquer des vases décoratifs primitifs à vendre sur le marché. Bienvenue en Afrique ! Exactement au Tchad, où rien n’est jeté et UNE MÈRE, UNE FILLE (Lingui, les liens sacrés de Mahamat-Saleh Haroun) se déroule, qui après les applaudissements au concours du festival de Cannes puis au festival de Turin en salles à partir du 14 avril distribué par Academy Two. Dans une maison pauvre et à peine digne vivent Amina (Achouackh Abakar Souleymane), une musulmane pratiquante qui lutte pour survivre de bien des façons, et sa fille unique, la belle Maria (Rihane Khalil Alio), âgée de quinze ans. On peut dire qu’Amina ne vit que pour elle après avoir été abandonnée par l’homme qui l’a mise enceinte. Il l’envoie à l’école, la suit et essaie de rendre la vie aussi normale que possible. La femme a aussi un prétendant, un vieux voisin de cabane qui exhibe sa moto rouge devant le portail d’entrée, source d’une grande fierté. Non seulement cela, dès qu’il le peut, l’homme retourne au bureau en proposant de protéger mère et fille dans un pays où il n’est pas facile pour deux femmes de vivre sans partenaire proche. Dans la merveilleuse lumière centrafricaine, rehaussée par la photographie et les robes multicolores des femmes, un mauvais jour Maria révèle à sa mère qu’elle est enceinte et veut se faire avorter. La jeune fille est immédiatement expulsée de l’école puis, avec sa mère, elle est forcée de faire face à une situation difficile, celle d’un pays où l’avortement peut coûter cinq ans de prison à ceux qui le pratiquent comme à ceux qui l’utilisent. d’une communauté religieuse qui la condamne évidemment.
Mais dans un film à l’histoire linéaire, propre, presque biblique, l’inquiétude et la rébellion de ces deux femmes, féministes dans l’endroit le plus difficile du monde, presque fatiguées à la fois de la morale commune et de la perspective religieuse islamique, ne manquent pas de la dernière partie. Pendant ce temps, le coupable du viol de Maria sera puni et ensuite Amina sera plus qu’accueillante envers Fanta, sa sœur cadette, qui a également un problème important avec sa fille adolescente : la pratique de l’infibulation que son mari aimerait pratiquer à la fille.
L’histoire vraie du réalisateur est aussi belle. Né en 1961 à Abe ‘che’ (Tchad), il dit avoir vu à l’âge de huit ans son premier film dont il garde un souvenir ineffaçable : le sourire proche d’une belle Indienne devant la caméra. Puis la guerre civile éclate et, en 1980, il est contraint de fuir, grièvement blessé, vers le Cameroun voisin. Puis ce n’est qu’après de nombreuses années qu’il arrive en France entre études et petits boulots. Il devient ainsi journaliste pour la presse régionale puis pour une radio locale avant de pouvoir enfin accéder à la première direction en 1994 avec son premier court métrage : Maral.

REPRODUCTION RÉSERVÉE © Copyright ANSA