Art

le front (politique) du Biennaliste-Corriere.it

depuis Francesca Pini

Le déracinement forcé des SMI chez Pauliina Feodoroff et Mret nne Sara, la discrimination des Roms dans le film de Loukia Avalanou, l’Algérie post-coloniale de Zenib Sedira. Les voix et les histoires

La principale occasion d’émerger définitivement ne pouvait être que celle-ci. Parmi les artistes qui représentent les pavillons, nous en avons choisi certains dont l’action vise les thèmes incisifs de notre temps : droits civiques et militantisme, militantisme politique, autodétermination (y compris sexuelle), durabilité, résilience. Depuis 2020, le mouvement Black Lives Matter (BLM) et Decolonize this Place sont à l’origine d’une nouvelle approche de l’art, qui se ressent également dans cette Biennale (du 23/04 au 27/11). Le pavillon américain avait déjà choisi le grand Joan Jonas en 2015, mais maintenant il mise tout surAfro-américaine Simone Leigh (Chicago, 1967). Sculpteur et performeur qui, il y a trois mois, a été appelé à la Nouvelle-Orléans pour remplacer, par une intervention temporaire lors de la Triennale Prospect.5, la statue enlevée du général Robert E. Lee (qui considérait l’esclavage comme une institution à préserver, avait lui-même environ quinze esclaves à son service) avec un ouvrage public. Leigh a choisi de faire une divinité de l’eau, Mami Wata. Et aussi à Venise défendre les théories féministes des femmes noiresdes traditions et des valeurs culturelles dont ils sont le reflet.

Minorités et métaverse

En 1979, de jeunes SMI (indigènes de cette région dite de Laponie) protestent à Oslo contre le gouvernement qui les ignore en exploitant leurs terres, en dressant des tentes (les lavvus) devant le parlement et en faisant une grève de la faim. Aujourd’hui à la Biennale, l’événement si historique pour Pavillon nordique que la reine Sonja de Norvège sera présente honorer la participation des artistes SMI (dont deux femmes, Pauliina Feodoroff et Mret nne Sara avec Anders Sunna), mais ici ce n’est certainement pas le folklore ou les traditions qui sont célébrés, ici tous une dénonciation des erreurs du passé, des déracinements forcés, des lois punitives. Feodoroff (artiste, réalisateur et homme politique) dont les racines se trouvent dans la partie russe de la SPMI, gardienne de la terre, et promeut des programmes de reboisement et de revitalisation des rivières. Mret nne Sara, artiste et écrivain, fille d’un éleveur de rennes, connaît bien les lois qui discriminent son peuple.

Roms sans sépulture

Les Roms entrent également de plein droit dans le contexte artistique de cette exposition internationale d’art. Loukia Alavanou (Pavillon de la Grèce) ici avec un de ses films en réalité virtuelle Œdipe à la recherche de Colonetourné dans une communauté rom de la périphérie d’Athènes, et parmi les nombreuses discriminations dont ils sont victimes figure celle de ne pas avoir le droit d’être enterré. Ils vivent près de la décharge principale de la ville, dans un ghetto très dur, avec plusieurs sous-communautés. Ceux d’origine albanaise ne sont pas enregistrés. Il a fallu un an pour être accepté et mon projet se concrétiser. La façon dont j’utilise la caméra VR (qui filme à 360 degrés) est pour moi similaire à ce que faisaient les photographes au début des années 1900, lorsqu’ils décrivaient les gens en les posant. Pour moi, travailler ainsi était aussi une allégorie du chœur de la Grèce antique. J’ai tourné dans un endroit incontrôlable, il s’est passé tellement de choses spontanées, dans la première scène des oiseaux volent, je ne voulais pas commencer par une présence humaine.

Œdipe était aussi un exilé

La caméra était considérée par les Roms comme un être extraterrestre, après tout, Œdipe l’était aussi. Dans le film, ces personnes sont à la fois elles-mêmes et des personnages. Le vieil homme qui joue Œdipe, c’était vraiment le roi des Roms à Thèbes. Œdipe était un exilé, il existe donc de nombreux éléments documentaires qui coïncident avec la condition de ces Roms. Antigone, ce bâton et aide d’Œdipe, dans ma version parle courageusement devant la caméra, j’ai voulu qu’elle exprime toute sa subjectivité. Ensuite, j’ai travaillé sur les visions utopiques de l’architecte Takis Zenetos qui, dans les années 1960, imaginait que les gens vivaient à l’intérieur de capsules dans une ville suspendue, communiquant par des connexions électriques. Mon interprétation qu’il a déjà émis l’hypothèse d’une sorte de métaverse. Artiste du pavillon polonais Malgorzata Mirga-Tasd’ethnie rom et activiste, c’est pourquoi son installation vise à mettre en lumière l’apport culturel et artistique des Roms en Europe, renversant les stéréotypes. Elle le fait étonnamment avec un ‘installation de patchwork post-renaissance. Reproduire de manière imaginative la séquence des merveilleuses fresques du XVe siècle (commandées par Borso d’Este) du Palazzo Schifanoia à Ferrarepour raconter l’épopée rom, en injectant des éléments mythologiques et magiques, en valorisant le rôle des femmes. Il s’agit d’une œuvre picturale textile, également réalisée avec des fragments de vêtements obtenus par les personnes qui insufflent vie et âme à son travail.

Mémoire et décolonisation

Le militantisme humaniste de Zénib Sedira (d’origine algérienne) se tourne vers la mémoire, notamment vers celle du joug du colonialisme puis de la décolonisation, le long des coordonnées culturelles des coproductions cinématographiques des années 60 et 70 entre l’Algérie, France (qui l’a choisi pour son pavillon) et l’Italie. Son projet Les rêves n’ont pas de titre à caractère filmique, installatif et immersif. J’aime sortir les choses de l’oubli, de la négligence, aussi à cause de la politique. En les mettant à jour et en transmettant ce que je trouve dans les archives, notamment algériennes, qui ne sont pas facilement accessibles, c’est pourquoi je suis heureux de partager ce que j’ai trouvé dans mon travail. Non.Dans les archives audiovisuelles du Mouvement ouvrier démocratique de Rome (AAMOD), il a récupéré un film oublié, Mains libres (Le Tronc de figuier) par Ennio Lorenzini en 1964 (restauré par la Cineteca di Bologna pour l’occasion). J’ai été frappé par la beauté des images de cette oeuvre, il y a peu de films en couleur de l’Algérie post-indépendance, sortie de la colonisation française, confrontée à la très dure période de famine. Il y avait une grande joie de vivre et la réappropriation de son propre paysage, de son propre territoire sans plus contrôler les documents.

Tiers-mondes, anti-racistes, contre les préjugés

J’ai voulu célébrer ce moment de solidarité entre ces trois pays : la France et l’Algérie sont mon identité et ma nationalité, puis l’Italie à cause de la Biennale et du Festival du Film qui en 1966 ont fait un acte politique très fort donnant le Lion d’or au film
La bataille d’Alger
de Pontecorvo. Ce fut un scandale, un incident politique entre l’Italie et la France pour avoir osé remettre le prix à ce film, resté censuré en France jusqu’en 2004. En fait, dans les années 60, il y a eu la prise de conscience de faire des films tiers-mondistes, antiracistes contre les préjugés. L’Algérie à cette époque avait un rôle très important, elle investissait aussi de l’argent dans la production de films étrangers, elle voulait s’associer aux grands protagonistes du cinéma international, comme Costa Gavras. Une de mes interventions artistiques le remake : j’ai pris, entre autres, un clip de la bataille d’Alger. Ensuite, il y a beaucoup de références personnelles : je suis née en 1960, fille d’immigrés en France qui ont subi le colonialisme, J’ai connu le racisme. Ici, dans ce projet il y a mon histoire personnelle dans la plus grande du cinéma .

Émancipation et respect de l’environnement

Un homme, Collin Sekajugo, et une femme, Acaye Kerunenreprésenter L’Ouganda parmi les nouveaux pavillons d’entrée. Je travaille avec des communautés de femmes, explique l’artiste et performeuse Kerunen, princesse de sang royal. leurs créations sont faites en allaitant des enfants, et donc elles ne sont pas considérées comme une forme d’art, alors qu’elles le sont, et dans l’art contemporain, il y a aussi beaucoup d’artisanat. J’utilise ces artefacts comme s’il s’agissait d’un pinceau. Beaucoup de femmes vivent dans les zones humides, où poussent les palmiers et le raphia, pour cette raison elles deviennent gardiens d’un environnement presque secret, où sont récoltées plantes médicinales et autres pour la teinture. Mais la politique et les hommes d’affaires mettent en danger cet habitat. Avec mon art j’essaie de reconnecter ces femmes à des pratiques proches de la nature, aujourd’hui en Ouganda l’option d’utiliser du fil chinois pour l’artisanat est beaucoup moins chère et ce raphia est très corrosif pour les mains. Pour de nombreuses cartes cela fait partie d’une hygiène mentale, ce travail devient un rafraîchissement, et aussi un moyen d’échapper à la violence conjugale et aux relations toxiques. Beaucoup sont aussi des personnes âgées mais quand je les vois travailler elles ont une beauté rayonnante, elles rajeunissent, mais ce ne sont pas des sujets qui passionnent les médias. Dès qu’ils gagnent, la relation avec le mari change, ils sont respectés. J’écris de la musique et de la poésie. Faites aussi un spectacle relatant les sentiments et les souffrances des femmes en chantant.

Recyclage des matériaux et foi en l’humanité

Une grande installation qui nous enveloppe, et des sculptures monumentales en bois pauvre, récupérées d’autres Biennales grâce à l’association ReBiennale. Pour le Pavillon de la Suisse, Latifa Echakhtch (avec le compositeur Alexandre Babel et le commissaire Francesco Stocchi, ex DJ) il travaille sur les émotions et la musicalité, comme si l’on entrait dans la caisse de résonance d’un instrument. Je suis intéressé à vous faire réfléchir sur ce que de grands luthiers comme Stradivari ont réalisé, J’aime travailler avec des matériaux bon marché, un geste presque politique. Je n’ai pas utilisé le précieux sapin de résonance, ça aurait été dommage de l’utiliser comme je le voulais. Nous sommes à une époque où je ne veux pas utiliser le bronze, le marbre. J’ai fait quelques maquettes en argile et puis il y a eu les ingénieurs qui ont scanné en 3D stabilisant les structures, un montage similaire à celui des chars Carnival. J’ai réfléchi à mon projet avant les grands incendies, avant Black Lives Matter, j’ai senti qu’il y avait un besoin d’une prise de position forte vis-à-vis de l’état du monde. Quand la guerre en Ukraine a éclaté j’avais déjà monté le pavillon et je me suis demandé si mon travail était valable et je me suis donné la réponse : c’était juste ce qu’il fallait pour résister en ce moment historique, Guernica a toujours parlé de tous les guerres. Il faut croire en l’humanité, en l’art. Je suis heureux que la Suisse se soit associée à la condamnation de l’invasion russe.

Années 70, crise énergétique et genre

Ce sera certainement le pavillon le plus ironique et ludique de toute la Biennale celui de L’Autricheet comme dans l’air l’esprit aigu de Karl Kraus, déjà intitulé : Invitation de la voiture molle et de ses parties de carrosserie en colère, une machine scénographique invitante et douce avec des œuvres et des pièces de design sélectionnées (Gio Ponti, Verner Panton …) dans laquelle entrer et redécouvrir les années 70 avec toutes leurs demandes : protestations, mode, contre-culture, langage corporel. Pour construire ce kaléidoscope coloré, Jakob Lena Knebl (qui s’appelle en fait Tina) et sa partenaire artistique Ashley Hans Scheirl, transgenre. Comme alors, nous sommes toujours au milieu d’une crise énergétique, nous n’imaginions pas que nous serions si d’actualité, mais après tout, nous voulions enquêter sur la dynamique des années 70 qui influence encore la réalité d’aujourd’hui, disent-ils.

La fluidité fait partie de nos principes

Nous travaillons individuellement ou en binôme, sur le concept d’une discipline esthétique qui dépasse les genres. De nombreuses canalisations parcourent tout le périmètre du Pavillon, référence à celles du Centre Pompidou à Paris, musée construit pour tous, c’était un véritable acte politique. La fluidité fait partie de nos principes : il faut être comme l’eau, disait l’acteur Bruce Lee, maître du Kung fu. Dans nos sculptures nous prenons des parties du corps pour les assembler différemment. Le mélange entre haute et basse culture que nous proposons est passionnant, il y a le photoréalisme, le surréalisme, le rêve de l’espace. Le fétichisme et l’alchimie nous tiennent aussi à coeur (dans nos oeuvres nous transformons le caca en or), nous aimons aussi le jeu qui, souvent, est aussi un processus génital chez les enfants. À Venise, il y aura aussi une autre présence qui va bien au-delà du genre et l’artiste robotique humanoïde AI-DA qui peint et interagit avec ceux qui sont devant ellevous le trouverez au restaurant-bar In Paradiso des Giardini. Mais elle, pour le moment, pas encore en compétition.

15 avril 2022 (changement 15 avril 2022 | 07:23)

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